Muse du vin de MESLAND


Le premier millénaire de notre ère est terminé. Les moines de l'abbaye de Marmoutier édifient le Prieuré de Mesland depuis environ 10 ans.

La sécheresse sévit aux alentours de ce beau pays de Mesland. La terre est craquelée.

Les paysans ainsi que leurs animaux sont assoiffés. Les maigres récoltes ne nourrissent plus suffisamment la population et quelques charlatans prédirent la fin du monde car le passage à un nouveau millénaire sera fatal à cette vieille terre.
On vit même par une après midi de plus grande chaleur une faille de sécheresse s'agrandir sous les rayons du soleil et engloutir définitivement les rares animaux encore vivants.
Devant ces éléments toujours plus puissants qu'eux, des paysans décident d'abandonner leurs terres pour des contrées où ils pensent que les cieux seront plus propices. Mais tous les vignerons s'y refusent, ne voulant pas sacrifier ainsi leur terroir et leurs vignes au passé si généreux.
C'est ainsi que les plus courageux ou les plus inconscients, n'eurent pas à regretter leur détermination.

Cette longue sécheresse avait transformé le lit de la Loire en un sillon sec et sinistre. Et c’est alors qu’un matin au lever du soleil, un immense bruit sourd se fait entendre venant de l'ancien fleuve, comme appelant les derniers habitants des alentours à son chevet. Subitement, ce ronflement sourd se transforme doucement en un gémissement grandissant, devenant à son tour un feulement aigu et persistant. Le sol tremble sous les pieds des villageois et de nos vignerons.
Puis un long râle spasmodique se fait entendre dans toute la vallée. Sans aucune explication rationnelle l'eau se met â jaillir du fond du lit, balayant cailloux et graviers. Une force titanesque anime ce flot, comme si une retenue invisible avait cédé sous une mystérieuse pression, comme si la Loire perdait les eaux pour un accouchement, pour une renaissance. Les vignerons d'abord stupéfaits, puis ravis, durent se ressaisir et fuir rapidement les bords de la Loire afin d'éviter d’être emportés par les eaux qui ne cessaient de monter et qui sortirent rapidement du lit du fleuve redevenu sauvage.
Tous prirent refuge sur les hauteurs pour assister à cette grande et belle crue. De mémoires de paysans, on n'avait jamais connu tel phénomène. Cette belle terre si assoiffée absorba sans plus attendre cette crue providentielle et remis rapidement la Loire en son lit.

Vignerons et villageois redescendirent alors vers le fleuve comme attirés par cette Loire si capricieuse, mais de nouveau si majestueuse. Tout redevint calme et ils surent qu'ils n'avaient plus rien à craindre du fleuve. Ils n'étaient pourtant pas au bout de leur surprise. Le courant était redevenu normal mais mystérieusement, l'eau tranquille et limpide se sépara en son centre pour créer un grand cercle, laissant apparaitre le fond du fleuve.
Sous leurs regards ébahis, ils virent apparaître au centre de cette poche une forme nébuleuse se muant doucement en une silhouette fine. Cette silhouette se mit en mouvement vers la berge où se tenaient les vignerons silencieux et inquiets devant ce nouveau phénomène mystérieux. Les eaux s’écartèrent pour laisser un passage à cette longue forme blanche. Lorsqu'elle arriva à la hauteur des vignerons, elle avait définitivement terminé sa transformation et nos hommes médusés avaient devant leurs yeux une superbe naïade aux formes sculpturales, dont la chevelure ressemblait à une immense grappe de raisins.

Elle s'adressa aux vignerons en ces termes :
Je suis la favorite de Dionysos et je renais pour vous. Je vous apporte cette eau aux vertus incomparables pour vous sauver de la faim et bientôt une autre eau, cosmique, arrivera pour vos champs et vos vignes. Elle vous donnera pain et vin en abondance et en qualité. Voyez ces animaux qui me suivent, la sécheresse vous les avait pris, je vous les rapporte. Si Dionysos m'a envoyé ici, c'est parce-que votre terre est en harmonie avec la vigne, que votre terroir est digne d'un grand cru et qu'il faut le préserver et le chérir. Sachez vivre en paix, transmettre votre savoir et attirer à vous les bienfaits du ciel et de la terre, disait-elle d'une voix douce. Cette vigne, c'est un peu notre enfant, à moi et à Dionysos. Enfant que vous allez élever chaque année.

Je reviendrai tous les ans à cette même époque pour humer les vins que vous en aurez tirés et m'assurer que la vigne et le terroir sont préservés. Tous la suivirent des yeux, jusqu'à la perdre dans le lit de la Loire. Les eaux engloutirent alors son passage. lls étaient sauvés, ils le savaient. D'ailleurs un bel orage doux, chaud, cosmique, tomba pendant trois longs Jours sur les terres et les vignes.

Les vignerons se jurèrent de raconter ce qu'ils venaient de vivre et décidèrent d'appeler cette muse MESLANDE. Les vignes sinistrées redevinrent vertes, les récoltes abondantes et jamais le vin ne fut aussi bon. Mais les vignerons n'avaient pas oublié les paroles de MESLANDE et chacun voulait être fier lors de ses futures visites annuelles, de lui présenter la vigne la plus belle et faire que les arômes du vin de Mesland enchantent la vallée.

Ils savaient avoir entre leurs mains l'enfant de MESLANDE et devaient assurer son éducation. On dit que certaines nuits de pleine lune, on a vu quelques vignerons se faufiler dans leurs rangs de vignes pour y opérer de secrets rituels afin de s'assurer les faveurs de cette belle MESLANDE.

A t'elle répondue à ces mystérieuses avances ?
Est-elle venue délivrer quelques alchimiques formules afin que le vin de Mesland trouve tous ses arômes ?
A t'on vu plus d'enfants aux cheveux couleur de raisins que d'en d'autres régions ? Autant de questions sans réponses.

Une statue à l'effigie de la muse est érigée à l'endroit de son apparition, avec une scène de vendange à ses côtés pour immortaliser de belle façon l'aide de la muse. Depuis, chaque année, lorsque la fleur de vigne est passée, pour l'annonce des vendanges, les villageois peuvent assister à une grande fête pour la venue de MESLANDE dans son pays, une longue procession conduit les vignerons à la Loire pour y jeter des feuilles de vignes et appeler la muse à sortir des ondes pour apporter sa protection à son enfant la vigne et protéger le raisin jusqu'à la récolte.